Allocution de S.E. Dieudonné Sebashongore, Ambassadeur du Rwanda en Belgique lors de la 28ème Commémoration du Génocide contre les Tutsi à Mons, le 7/05/2022

  • Madame Marie Meunier, Présidente du CPAS, et échevine en charge des Affaires sociales, de la Petite enfance, de l'Égalité homme/femme et de l'agriculture;

  • Monsieur Ernest SAGAGA, Président d’Ibuka Mémoire et Justice ASBL;

  • Monsieur Gilbert DUSHIMIMANA, Président de la section de Mons de la Diaspora Rwandaise de Belgique ;

  • Madame Lydia UWITONZE, rescapée du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994;

  • Mesdames et messieurs les artistes;

  • Chers rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi, chers compatriotes;

  • Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités;

 

Depuis l’installation de la stèle commémorant le génocide contre les Tutsi l’année dernière, dont l’inauguration avait été honorée par la présence de notre ministre des Affaires étrangères, il y a désormais un petit coin du Rwanda dans la cité du dragon. Revenir auprès de vous aujourd’hui me donne le sentiment de retrouver une partie de mon pays.

 

L’année passée, nous avons eu l’occasion de vous remercier pour ce geste ô combien important pour la communauté rwandaise vivant à Mons, et de la Belgique entière, qui savent à présent qu’au détour d’une visite dans le Borinage, ils auront la possibilité de s’incliner devant les leurs.

Au nom de l’ensemble du peuple rwandais, je tiens à vous exprimer, cette année encore, notre reconnaissance pour cette initiative si cruciale pour le travail de mémoire.

 

Monsieur Le Bourgmestre,

Je vous invite à partager ce sentiment de reconnaissance à l’ensemble de votre administration ainsi qu’aux montois et montoise. Vous savez, si une stèle possède une valeur symbolique aux yeux de la majorité de la population, elle offre un réconfort inimaginable à nos compatriotes rescapés.

 

En relisant le texte émouvant qui figure sur votre stèle, j’ai réalisé que cet endroit constitue non seulement un lieu de recueillement pour les nôtres, mais aussi il leur apportera également du réconfort et de l’apaisement. De plus, il permettra de faire un rappel utile de la nature du crime contre l’humanité qui nous a frappé en 1994, ce génocide qui a ciblé une partie de la population pour le seul fait d’être né Tutsi. En cela, l’ensemble de la ville de Mons a fait preuve d’humanité.

 

Mesdames et messieurs,

Cher(e)s compatriotes membres de la diaspora rwandaise de Belgique de Mons et d’Ibuka,

 

Je tiens également à saluer l’abnégation dont vous avez preuve dans le cadre de votre travail de sensibilisation auprès des autorités montoises. Je salue votre persévérance à continuer à faire vivre la mémoire des nôtres à travers d’autres institutions de cette ville, comme ce musée qui nous reçoit.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans le Musée de la Mémoire, un lieu de réflexion et de questionnement sur la guerre et la violence. La question de la mémoire est extrêmement importante après un génocide. En effet, comme vous le savez, la dernière étape d’un Génocide est sa négation. Ce processus consiste à nier en partie ou dans sa totalité le crime, de le diluer, le relativiser ou faire preuve d’accusations en miroir, mettant victimes et bourreaux sur le même pied. Malheureusement, si nous sommes parvenus à mettre un terme au génocide il y a 28 ans, force est de constater que le négationnisme est lui toujours présent et jouit d’un terreau fertile en Belgique.

 

Je veux en ce jour et par ces mots marquer l’importance de la lutte contre le négationnisme. Par ces paroles, je souhaite vous sensibiliser sur le caractère long de ce combat qui ne se limite pas aux commémorations. La négation du génocide a évolué au fil des années et nous devons rester vigilants face à la multiplication des méthodes et tactiques de plus en plus insidieuses.

J’invite donc l’ensemble de nos communautés à imiter la façon dont certaines villes, dont celle de Mons, se sont appropriées cette thématique de lutter contre le négationnisme qui est d’une importance capitale, non seulement pour les Rwandais, mais pour l’ensemble de l’humanité.  

 

Les mois et années à venir seront certainement peuplés de défis. La chimère du négationnisme prendra d’autres formes encore plus subtiles. Je vous encourage donc, chers compatriotes, à vous tenir prêt face à cette menace.

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

 

Les faits sont notre meilleure arme pour faire face au négationnisme. Des faits clairs, limpides et indisputables. Ceux qui ont tenté, depuis des années, de nier, relativiser, ou diluer les faits se sont systématiquement butés à la barrière de l’Histoire.

Je pense notamment à la thèse accusant les actions du Front Patriotique Rwandais d’avoir causé le génocide, dans une cruelle manipulation de l’histoire rendant les victimes coupables de leur supplice.

 

Non, le Génocide n’a pas été causé par le Front Patriotique Rwandais. La nature même de ce mouvement émane du rejet de cette idéologie génocidaire qui trouve ses racines plusieurs décennies avant le génocide. Cette idéologie de discrimination anti-Tutsi a été institutionnalisée, notamment dans la Constitution de 1978, dont un certain juriste belge fut l’un des rédacteurs.

 

Non, le FPR n’a pas abattu l’avion de l’ex-Président Habyarimana et de son homologue Burundais. Le non-lieu confirmé par la Justice française en février dernier a récemment sonné le glas d’un quart de siècle d’une campagne de diffamation qui fut en soi une forme de révision de l’histoire.

 

Mesdames et Messieurs,

Je vous encourage à ne pas douter des actions passées, présentes et futures de nos autorités. Remercions leur courage, leur leadership exemplaire et la vision éclairée de Son Excellence le Président de la République, Monsieur Paul Kagame.

 

Chers rescapés,

Nous sommes le 7 mai. Voilà un mois jour pour jour que la période de commémoration a débuté, et les souvenirs douloureux qui vous tourmentent ont sans doute gagné en intensité. Face à votre douleur, nous ne pouvons offrir que notre solidarité. Sachez que nous vous sommes reconnaissants, car la mémoire des vôtres est le socle de notre nation.

Je compte sur l’ensemble de nos compatriotes pour vous entourer en cette période, et vous invite à être attentifs et bienveillants les uns envers les autres, afin de rendre plus soutenable le reste de cette période de commémoration.

 

Je vous remercie de votre attention.