Discours de SE Amb. Dieudonné Sebashongore lors de la 28ème Commémoration des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994 à la Stèle de Woluwe-Saint-Pierre (07/04/2022) 

 

  • ​Monsieur Charles DELOGNE, représentant du Gouvernement belge ; 

  • Monsieur Benoit CEREXHE, Bourgmestre de la Commune de Woluwe-Saint-Pierre ; 

  • Madame Maryem VAN DEN HEUVEL, représentante du Président du Conseil Européen ;  

  • Mr. Ernest SAGAGA, Président d’Ibuka Mémoire et Justice ; 

  • Excellence Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, et représentants des Missions Diplomatiques ; 

  • Très chers rescapés du Génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 ;   

  • Chers Rwandais et amis du Rwanda ; 

 

Permettez-moi tout d’abord, au nom du Gouvernement Rwandais, de vous remercier d’avoir répondu positivement à notre invitation en venant rehausser de votre présence cette cérémonie de Commémoration des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Nous sommes touchés par ce témoignage de soutien envers le Rwanda et les Rwandais dans ce lieu aussi symbolique que cette Stèle érigée en mémoire des victimes du Génocide perpétré contre les Tutsi . 

 

Nous sommes présents aujourd’hui pour commémorer pour la 28ème fois les victimes du Génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda. Nous nous souvenons de plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants qui furent brutalement assassinés pour la seule raison d’être nés Tutsi. Mes pensées vont, d’abord et avant tout, aux victimes de ce crime des crimes. Les auteurs du génocide les ont effacés de la surface de la Terre, mais leur vie et leur souffrance ne seront jamais oubliées. Une pensée spéciale va aussi aux proches de ces victimes. Nous nous joignons à votre douleur. Je souhaite par la même occasion adresser mon soutien et offrir des mots de réconfort aux rescapés du Génocide perpétré contre les Tutsi pour lesquels cette période est particulièrement douloureuse. Enfin, j’adresse une pensée particulière au pays tout entier qui a perdu plus d’un million de ses filles et fils en l’espace de 100 jours.  Tuzahora tubibuka/Nous ne vous oublierons jamais. 

 

Mesdames et Messieurs,  

La thématique utilisée lors des Commémorations de cette année s’articule autour de la Mémoire, de l’Unité, et du Renouveau. Ces mots résonnent d’autant plus dans le contexte de notre lutte constante contre le négationnisme, le révisionnisme et le déni du Génocide perpétré contre les Tutsi. En effet, le 15 février 2022, la Cour de cassation française confirmait le non-lieu déjà prononcé par la Cour d’Appel concernant l’attentat de l’avion de l’ancien président Habyarimana.  

 

Ce recours en justice introduit par les partisans de l’ancien président avait pour but de ternir le nom de cadres du Front Patriotique Rwandais, qui ont, je vous le rappel, mis fin au Génocide par leur seule détermination. Après 20 années de longues batailles judiciaires, ce qui peut être décrit comme l’une des plus grandes campagnes d’enfumage de l’histoire moderne touche enfin à sa fin. 

 

Dans les milieux négationnistes, cet attentat est le point central de l’argumentaire lugubre avançant que le Front Patriotique Rwandais (FPR) est en réalité responsable du génocide. Cet argumentaire indécent cherche à transformer les victimes en bourreaux, détournant ainsi la culpabilité des architectes de l’horreur et niant le caractère minutieux et prémédité du crime. Aujourd’hui, la vérité est d’autant plus visible qu’elle est internationalement reconnue.  

 

 

 

Mesdames et Messieurs,  

 

Le caractère spécifique du Génocide perpétré contre les Tutsi est reconnu par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, par la résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unis du 28 janvier 2018 déclarant le 7 avril la « Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 » et par la résolution 2150 du Conseil de Sécurité des Nations Unies condamnant « sans réserve toute négation du Génocide perpétré contre les Tutsi ». Par conséquent, la minimisation partielle ou entière des faits ou du nombre de victimes est dorénavant futile aux vues de l’abondante littérature scientifique, des nombreux rapports et autres reportages journalistiques sérieux sur la question. 

 

Si la Justice a rasé le socle sur lequel reposait leurs théories fantasques, si la communauté internationale dans sa grande majorité reconnait la vérité historique, si les historiens, anthropologues et journalistes décrivent avec justesse la réalité du Génocide perpétré contre les Tutsi, que reste-t-il aux bourreaux et aux sympathisants négationnistes ? La réponse, mesdames et messieurs est simple : le seul outil restant est l’impunité.  

 

D’abord, l’impunité politique qui leur a permis d’échapper à la justice au lendemain du Génocide. Ensuite, l’impunité judiciaire qui a permis à bon nombre d’entre eux de fuir pendant si longtemps la justice, que ce soit au Rwanda ou à l’étranger. Enfin l’impunité sociétale, dérivée du manque de connaissances ou du manque d’intérêt sur la question. Cette triple impunité a permis de laisser le bénéfice du doute à cette mascarade, renforçant ainsi la confusion sur le Génocide perpétré contre les Tutsi dans l’imaginaire collectif du public belge et européen. 

 

Mesdames et messieurs,  

Sachez toutefois, qu’ensemble, nous pouvons combattre cette impunité. Nous pouvons faire obstacle au négationnisme dans toutes ses formes. Au niveau juridique, la loi « portant sur les dispositions diverses en matière pénale et en matière de cultes » adoptée par le parlement belge en 2019 dans son article 115, rend punissable le fait « de nier, de minimiser grossièrement, ou de chercher à justifier ou approuver des faits correspondant à un crime de génocide ». Cette loi est une base juridique solide pour lutter contre l’impunité de la négation du génocide perpétré contre les Tutsi, que nous saluons. Cependant, force est de constater que malgré de nombreux cas évidents de négation, minimisation ou justification du Génocide perpétré contre les Tutsi en Belgique, aucun individu ou organisation n’a encore été inquiété par la Justice.  

 

Au niveau judiciaire, de nombreuses personnes ont été poursuivies et condamnées par des tribunaux belges pour des crimes liés au Génocide. Le cas de Fabien Neretse, condamné par la Cour d’assise à 25 ans de réclusion, est l’un des exemples les plus récents. Mais si Fabien Neretse était un acteur majeur des tueries, beaucoup d’autres cas d’individus recherchés par la justice et qui résident en Belgique, mériteraient l’attention des autorités judiciaires.  

 

Au niveau sociétal, beaucoup d’initiatives visant à sensibiliser le public aux horreurs du Génocide sont organisées chaque année en Belgique. Le travail remarquable des associations de rescapés telle qu’Ibuka Mémoire et Justice doit être salué et encouragé. Continuons à sensibiliser nos communautés à cette problématique contemporaine afin que la phrase « plus jamais ça » ne soit pas qu’un simple slogan.  

 

Chers compatriotes,  

 

Après plus de deux années passées au rythme des confinements et des déconfinements, il nous est enfin possible de nous rassembler avec plus de sérénité. Cette année, et comme chaque année, nous comptons sur votre mobilisation active aux commémorations des victimes qui auront lieu partout en Belgique et au Luxembourg. En cette période, encore plus que d’habitude, je vous invite à faire preuve d’unité et de cohésion. Portons ensemble le flambeau de la Mémoire. Allons ensemble sensibiliser nos communautés respectives. Faisons en sorte que dans nos villes, parmi nos proches, et au sein de nos réseaux personnels et professionnels, la thématique du Génocide perpétré contre les Tutsi et le fléau que représente sa négation soient connus de tous.  

 

 

Chers rescapés,  

 

Je souhaite clôturer mon allocution en m’adressant à vous. Je vous encourage à rester fort durant cette rude période et sachez que vous disposez de tout le soutien du Gouvernement rwandais dans la lutte contre l’idéologie du Génocide et les conséquences que le Génocide a imposée sur votre quotidienne.   

 

Je vous remercie.