#Kwibuka26: Marcel SEBATWARE, commissaire des FDU-INKINGI et leader du P5 en Belgique, planificateur du génocide dans l'usine CIMERWA

Dans le cadre de la préparation du #Kwibuka26, nous vous apporterons chaque semaine les éléments constitutifs de  la planification du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994
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Ces derniers temps, la République Démocratique du Congo (RDC) a déployé des efforts louables pour mettre fin au terrorisme des groupes armés qui, depuis 1994, sèment la terreur sur son territoire. Plusieurs de leurs chefs militaires ont été tués par l’armée congolaise dont leur responsable, le général Mudacumura ; d’autres furent capturés et des centaines de combattants ont été envoyés au Rwanda. Toutefois, la plupart de leurs leaders politiques qui les soutiennent vivent tranquillement en Occident et appuient en toute impunité les criminels installés en RDC.

En 2015, deux responsables politiques des FDLR, Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni, ont été jugés et condamnés par la justice allemande pour des crimes commis par les FDLR en RDC. Cette initiative devrait se poursuivre pour bien d’autres responsables politiques des FDLR et autres groupes armés qui menacent la paix et la sécurité de la région.  Marcel Sebatware, commissaire des FDU-Inkingi et leader du P5 en fait partie. Il devrait être arrêté et renvoyé devant la justice.

Au début des années 1990, Sebatware Marcel était le directeur général de la cimenterie du Rwanda (CIMERWA), située dans l’ancienne Commune Bugarama, district de Rusizi. Il est originaire de la Commune Mukingo, en Préfecture de Ruhengeri, tout comme celui qui était à cette époque le puissant ministre du commerce et de l’industrie, Joseph Nzirorera, qui l’a nommé à ce poste prestigieux. Sebatware est également le beau-frère du général Nsabimana Deogratias qui fut chef d’Etat-major des ex-forces armées rwandaises, lequel signa le 21 septembre 1992 un texte haineux dans lequel il identifiait les Tutsi comme des ennemis du pays. Côté appartenance politique, Marcel Sebatware était membre du parti extrémiste Coalition pour la Défense de la République (CDR). Il a été jugé et reconnu coupable de génocide au Rwanda par les juridictions Gacaca, ce qui fait de lui un criminel en fuite qui fait aisément de la politique en Belgique.

  1. Rôle clé dans la mise en place d’une stratégie génocidaire à la CIMERWA

Dès sa nomination à la tête de la CIMERWA, Sebatware Marcel s’est empressé de placer à des postes de responsabilité des personnes originaires du nord du pays, fief du régime, Ruhengeri et Gisenyi, avec lesquelles il partageait la haine du Tutsi. C’était une stratégie générale utilisée par le régime de placer des extrémistes hutu dans des secteurs clés de l’administration, notamment des entreprises publiques et des usines à thé en vue d’y préparer le génocide. Des institutions publiques de grande renommée comme la SORWAL, l’ISAR, l’UNR, la Caisse sociale du Rwanda, la Banque nationale, et bien d’autres ont été utilisées aux fins du génocide.

Les cadres que Sebatware a placés à la CIMERWA dans l’optique du génocide sont nombreux :

  • Entre 1992 et 1994, sur un total de 20 directeurs et chefs de services que comptait la CIMERWA, 8 directeurs et 11 chefs de services étaient originaires de Gisenyi et de Ruhengeri, soit 99% de cadres de l’usine. Gaspard Kazungu, cousin de Joseph Nzirorera, était en charge du génie civil. Son épouse Laurence Mukankaka, qui serait la fille de Laurent Semanza (bourgmestre de la commune Bicumbi et ami intime d’Habyarimana et de Nzirorera), travaillait au service de la direction chargée des ressources humaines;

  • Mpozembizi Jean-Pierre, originaire de Rwerere à Gisenyi, était ingénieur-électricien. Membre de la CDR, il a été promu chef du service « électricité » ;

  • Ntibankundiye Assumani, originaire de Rwerere à Gisenyi, membre de la CDR, a été promu chef du service « maintenance des machines » ;

  • Nkusi David Wilson, originaire de Nkuli à Ruhengeri, a été engagé en 1993 comme gestionnaire d’intendance et, en même temps, comme mouchard. Il était cousin de Marcel Sebatware ;

  • Uwayezu Jean, originaire de Ruhengeri, était comptable. Engagé à la CIMERWA le 1er janvier 1992, il était membre de la CDR ;

  • Ntawumenyumunsi Pascal,  était originaire de Gisenyi et membre de la CDR. Il a été engagé le 6 janvier 1992;

  • Enfin, son beau-frère Sebageni Théoneste et son épouse Claudine.

 

Seuls deux cadres étaient originaires de Cyangugu, mais ils étaient des extremists reconnus de meme accabit que Sebatware. Il s’agit de:

  • Casimir Ndolimana qui était le chef de tous les ingénieurs, originaire de Gisuma (Cyangugu), qui était un redoutable extremiste membre de la CDR. Il était à la CIMERWA depuis 1984 ;

  • Paul Ndacyayisenga, originaire de Gafunzo (Cyangugu) qui était ingénieur en charge du laboratoire.

 

Voilà comment, sous la responsabilité de Marcel Sebatware, l’usine CIMERWA était devenue le repaire d’extrémistes originaires de Ruhengeri et de Gisenyi membres des partis extrémistes MRND et CDR. Cette clique a collaboré avec les pires des Interahamwe dont Bandetse Edouard, commerçant dans la Commune de Nyakabuye et trésorier  du MRND au niveau de la Préfecture de Cyangugu ; Bakundukize Elias, commerçant à Kamembe et Bugarama ; Munyakazi Yusufu, lui aussi commerçant à Bugarama.

2. Participation aux réunions de préparation du génocide​

Sebatware Marcel était une personne très influente et écouté, non seulement dans la Commune Bugarama au sein de laquelle se trouvait la CIMERWA, mais aussi au niveau de la Préfecture de Cyangugu. Il a participé aux diverses réunions dans lesquelles était planifié le génocide contre les Tutsi et mis en œuvre les décisions qui y étaient prises relatives à l’extermination des Tutsi. Divers témoins affirment que si Sebatware Marcel n’avait pas apporté son soutien au génocide commis contre les Tutsi au CIMERWA et ses alentours, il y aurait eu un grand nombre de survivants, car beaucoup d’entre eux, traqués par les tueurs, s’étaient réfugiés dans l’usine, jusqu’à ce qu’ils y furent débusqués et massacrés avec sa bénédiction.

 

3. Recrutement, entrainement et armement des tueurs Interahamwe

Sebatware Marcel a aussi participé au recrutement des miliciens Interahamwe, à l’organisation de leur entrainement paramilitaire, à leur équipement et à la confection de listes de Tutsi qui devaient être systématiquement massacrés. Des témoins oculaires relatent que depuis 1993, Sebatware Marcel, avec d’autres extrémistes, ont activement participé à la mobilisation de la jeunesse hutu pour l’encourager à s’enrôler dans la milice Interahamwe. L’entrainement était régulièrement organisé sur le terrain de football de l’usine CIMERWA. Un ancien agent de la CIMERWA, témoin des faits, déclare : « Un soir de 1993, je travaillais chez SEBATWARE. Une voiture a klaxonné. Je suis allé voir. Je n’ai pas reconnu le chauffeur. Je lui ai demandé qui il était. Il m’a dit qu’il s’appelait lieutenant-colonel Singirankabo, mais il était habillé en civil. Il m’a dit qu’il avait rendez-vous avec le directeur général de la CIMERWA. Je suis allé avertir la réception comme il était d’usage. On m’a dit que je pouvais le laisser entrer. J’étais avec un autre jeune, Alphonse, le petit frère de Sebatware, qui était là. Sebatware nous a demandés de prendre la caisse qui était dans la voiture et de l’amener à l’intérieur de la maison. Il était à peu près 13h de l’après-midi. Je suis retourné vers l’entrée de l’enclos pour continuer à surveiller la maison. Alphonse m’y a rejoint vers 14h30. Il m’a dit que la caisse que nous avons transportée de la voiture à l’intérieur de la maison contenait des fusils. Vers 15h, des gens sont arrivés à la maison, ils sont tous allés à l’intérieur et ont emportés ces caisses de fusils et munitions.»

Au clair, ces armes étaient destinées aux Interahamwe de la région. Précisons que le lieutenant-colonel Claudien Singirankabo était responsable chargé du programme d’auto-défense civile dans toute la préfecture de Cyangugu qui consistait, entre autres, à former les milices et leur fournir des armes en vue de commettre le génocide.

 

 

4. Persécutions du Personnel Tutsi de la CIMERWA

 

Les chefs de service de la CIMERWA persécutaient les Tutsi qui faisaient partie du Personnel, arguant notamment qu’ils étaient les complices des Inkotanyi. Lors du jugement en son absence de Sebatware Marcel devant la juridiction Gacaca de Muganza, le 3 janvier 2008, ces faits ont été suffisamment documentés. Par exemple, le témoin Bapfakurera Jean, ancien employé de la CIMERWA, expliquait devant la Cour: « Lorsque le génocide perpétré contre les Tutsi fut déclenché en 1994, les Tutsi membres du Personnel de la CIMERWA étaient déjà l’ombre d’eux-mêmes, tant les membres extrémistes de la direction de l’usine les persécutaient jusqu’à la déshumanisation; leur calvaire culmina lors du génocide commis contre les Tutsi dont ils furent eux-mêmes les victimes avec l’active participation de leur Direction, laquelle avait dressé leur liste pour mieux pouvoir les traquer et les envoyer à la mort. »

Un autre témoin qui travaillait à la cantine de la CIMERWA a déclaré dans le procès Munyakazi au Tribunal pénal international pour le Rwanda y avoir vu régulièrement des miliciens Interahamwe de Bugarama, en uniforme et armés, aussi bien d’armes à feu que d’épées. Il y avait notamment vu le grand chef des milices de Bugarama Munyakazi Yussuf. Ce sont ces mêmes Interahamwe de Bugarama qui ont attaqué le 16 avril 1994 la CIMERWA et y ont exterminés les Tutsi qui s’y étaient réfugiés.

Précisons que le 30 juin 2010, le Tribunal pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné Yussuf Munyakazi à une peine de 25 ans de prison après avoir été reconnu coupable de génocide et crimes contre l’humanité (extermination). Le 28 septembre 2011, la chambre d’appel du TPIR a confirmé la condamnation de Munyakazi, complice de Sebatware Marcel, à 25 ans de prison.

A l’approche de la 26eme commemoration du génocide commis contre les Tutsi, la Belgique devrait s’acquitter de ses obligations internationales pour extrader Sebatware Marcel au Rwanda pour qu’il réponde de ses actes au lieu de le laisser poursuivre impunément la propagation de sa haine anti tutsi et le négationnisme d’un génocide internationalement reconnu comme un fait de notorieté publique. Et ce sera justice.

 

 

Dr BIZIMANA Jean Damascène

Secrétaire Exécutif

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