#Kwibuka26: Planification du génocide perpétré contre les Tutsi, des preuves concernant la période du 22-29 février 1991 à 1994 (série 8)

Dans le cadre de la préparation du #Kwibuka26, nous vous apporterons chaque semaine les éléments constitutifs de la planification du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

La Commission Nationale de Lutte contre le Génocide continue de mettre en lumière certaines des actions qui ont été menées dans le cadre de la planification du Génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Les actions concernées ont eu lieu entre le 23 et le 29 Février, 1991-1994

 

  1. Lancement du parti extrémiste CDR

 

Le parti extrémiste qui s’est autoproclamé Coalition pour la défense de la République (CDR) a joué un grand roole dans propagande génocidaire, que ce soit dans sa préparation, que ce soit en appelant les Hutu à se coaliser en vue d’exterminer les Tutsi. L’idée de créer la CDR est née de différentes réunions qui se sont tenues à l’Universite Nationale du Rwanda, campus de Nyakinama, entre le 22/10/1991 et 17/1/1992.

 

Ces réunions ont rassemblé des extrémistes hutu originaires de Ruhengeri et Gisenyi et qui étaient dans l’administration publique, unies par la haine des Tutsi. Ce groupuscule s’est donné le nom de Cercle des Républicains Progressistes, dirigé par Charles Ndereyehe Ntahontuye originaire de l’ancienne commune de Cyabingo aa Ruhengeri. Il dirigeait le projet agricole de Gikongoro (PDAG = Projet de développement agricole de Gikongoro).

 

Le 22/02/1992, la réunion de validation de la structure du parti CDR s’est déroulée aa l’hôtel Urugwiro aa Kigali, réunissant 10 membres les plus extrémistes qui proclamèrent qu’ils créent la « Coalition pour la Défense de la République (CDR) » en français, en kinyarwanda ils adoptèrent le nom d’« Impuzamugambi Ziharanira Repubulika ». Ces personnes qui ont créé la CDR sont les suivantes : Bucyana Martin, Nahimana Théoneste, Misago Rutegesha Antoine, Mugimba Jean Baptiste, Uwamariya Béatrice, Higiro Céléstin, Nzaramba Céléstin, Akimanizanye Emmanuel, Hitimama Athanase et Simbizi Stanislas. L’on se souviendra toujours de ces personnes qui se sont distinguées dans la méchanceté la plus abjecte, en créant le parti extrémiste qui a organisé le génocide ayant emporté plus d’un million de victimes entre avril et juillet 1994

 

2. Marcel DEBARGE, Ministre français de la Coopération a appelé tous les opposants au président Habyarimana de se rassembler dans la lutte contre le FPR

 

Le 28 février 1993, la France a envoyé au Rwanda son ministre de coopération, Marcel DEBARGE. Lors de sa visite, il a rencontré le président Habyarimana ainsi que les responsables des partis principaux d’opposition au président Habyarimana. Lors de son entrevue avec les membres de l’opposition, il leur conseilla de cesser leurs revendications  contre le président Habyarimana, mais plutôt de faire un “front commun”  de toutes les forces de l’opposition contre le FPR. Cette déclaration entrait dans la logique  de s’opposer à la mise en application des institutiions de transition telles qu’elles avaient été établies  par l’Accord de paix d’Arusha.  Avec cette déclaration d’un ministre français, les radicaux du régime rwandais  ont compris que la France les soutenait en tous points de vue et ont accéléré les préparatifs de l’exéparatifs de l’exécution du génocide, tout en ecartant toute solution pacifique du conflit.

  

Le jour même de cet appel à l’union des partis d’oppositionautour du président Habyarimana, des assassinats visant des Tutsi et autres violences eurent lieu dans de nombreux endroits de la ville de Kigali poussant des civiles à quitter leurs domiciles et à chercher refuge aupres de la MINUAR. Celle-ci ouvrit alors deux sites d’acueil, l’un à côté du stade national AMAHORO; l’autre dans les entrepôts de MAGERWA à Gikondo.

 

3. Un groupe de citoyens français a dénoncé en vain l’engagement français dans le soutien du regime criminel rwandais 

 

Le 23 février 1993 la “Fédération des Français à l’étranger”, section du Burundi, a fait parvenir au Parti Socialiste du président Mitterrand , une protestation écrite dénonçant le soutien de la France au régime criminel rwandais: (...) Le Rwanda est plus que jamais à feuet à sang. Des organisations internationales ont à jour plusieurs charniers. Les milices  du général Habyarimana recommensent à massacrer les populations tutsies en toute impunité. (...) Ainsi l’intervention militaire française au Rwanda n’aura réussi ni à éviter les massacres , ni à rétablir la paix dans la région. Pire,il parraît aujourdh’hui que la présence militare française  dans ce pays aura surtout permis à Habyarimana d’ordonner les atrocités que l’on sait sous couvert d’une protection internationale”.

 

Le 23 février 1993, le parti républican français , un parti de droite, sortait un autre communiqué dénonçant  le même engagement : “Le Parti Républicain s’inquiète  des missions,qui pourraient apparaître  comme politiques, confiées aux forces militares françaises, et est particulièrement préocupé de la spirale dans laquelle  le Gouvernement Français s’enferme en envoyant, de jour en jour, des troupes de plus en plus nombreuses. [...]Le Parti Républicain attire l’attention du Gouvernement Français sur le fait qu’il serait préjudiciable à l’image de la France en Afrique d’aider au maintien d’un régime qui ne jouerait pas le jeu de la démocratie, sous couvert de la sécurité des ressortissants français”.

 

Le 28 février 1993, le secrétariat international du Parti Socialiste  fit parvenir à l’Agence France Presse (AFP) cette déclaration signé par Gérard Fuchs: “Je m’interroge sur la décision  d’envoyer de nouvelles troupes françaises au Rwanda, alors que les violations des Droits de l’Homme par le régime du général Habyarimana  ne cessent de se multiplier. J’espère que soit notre ministre de la coopération trouvera à Kigali  des raisons convaincantes à une présence militaire  qui apparaît aujoud’hui comme un secours au régime dictatorial aux abois, soit il sera mis fin à cette présence”. 

 

Le 24/2/1993, quatre associations rwandaises de défense des droits de l’homme ont écrit au Président français, François Mitterrand, en lui demandant de faire pression sur le régime sanguinaire de Habyarimana. Au lieu de leur répondre, ses conseillers  lui ont dit d’appuyer fortement l’armée rwandaise, en lui fournissant des conseillers militaires, et des armes de manière qu’elle devienne plus puissante que le FPR.

 

4. Des hauts cadres politiques français se sont désolidarisés de la politique de soutien de la France au Rwanda 

 

Deux ministres, l’ancien premier ministre Michel Rocard et l’ancien ministre de la défense   Pierre Joxe se sont officiellemt montrés distants  de la politique de la France au Rwanda dès le début  de l’année 1993. Dans une note du 23 février 1993 adressé au président Mitterrand , le ministre Pierre Joxe exprima ses reserves vis -à –vis de la politique menée au Rwanda dans des termes dénués de toute ambiguïté: “Je reste préocupé par notre position au Rwanda et par le rôle dans lequel nos 690 militaires peuvent se trouver entraînés, car l’armée rwandaise, de fait, ne se bat plus guère. [...] Quant à Habyarimana, l’envoi de deux compagnies suplémentaires , après beaucoup d’autres démonstration de soutien, fait qu’il se sent à présent l’un des dirigeants africains les mieux protegés par la France. Ce n’est pas la meilleure façon de l’amener à faire des concessions nécessaires. Or, ilest, par son intransigeance politique, et par son incapacité politique à mobiliser sa propre armée, largement responsable. Si le FPR reprend son avance, nos soldats peuvent, au bout de quelques heures , se retrouver face aux rebelles. Le seul moyen de pression un peu fort qui nous reste, l’intervention directe étant exclue, me semble l’éventualité de notre désengagement”.   

 

Tout ceci montre que tous les Français, y compris ceux qui étaient dans les organes dirigeants de la France n’étaient pas d’accord avec le président Mitterrand sur l’aide militaire, politique, financier et diplomatique  que ce pays donnait au Rwanda. Ils doivent être remerciés pour cet engagement citoyen.

 

 

 

5. Création du Hutu Power dans les partis MRND, MDR, PSD et PL

 

Le 25 février 1994, une importante réunion des chefs des Interahamwe  s’est tenue sous l’autorité de son président Robert KAJUGA  au cours de laquelle il a été décidé d’avertir tous les Interahamwe  d’avoir une extrême vigilance à l’égard des Tutsi, notamment ceux de Kigali  dont les listes existaient déjà; puis de se tenir prêts à entrer en action à tout moment en recourant  aux armes à feu  et autres instruments. Une autre recommandation a été celle d’agir ensemble avec les Impuzamugambi  de la CDR et les membres de la tendance  Hutu Power des principaux partis politiques de l’époque:MDR,PSD et PL. Cette union de forces rejoignait celle des petits partis alliés au MRND à savoir le PECO (Parti Ecologiste),PDI (Parti Démocrate Islamique),PADER (Parti Démocratique Rwandais), RTD (Rassemblement Travailliste pour la Démocratie) , MFBP ( Mouvement des Femmes et du Bas Peule) et PPJR (Parti Progressiste de la Jeunesse Rwandaise).

 

A la même date,  l’association des volontaires de la paix (AVP), une organisation rwandaise de défense des droits de la personne humaine publia une déclaration dans laquelle  elle dénonçait l’existence d’un plan de massacres, l’appel à la haine diffusé par la RTLM, dressait la liste des victimes des violences orchestrées par le régime notamment à Kigali et lançait un appel pressant à la MINUAR pour mettre fin à ce climat de violence d’Etat.

 

Le 27/2/1994, des responsables des Interahamwe, ainsi que d’autres hauts cadres du MRND dont Michel Bagaragaza, Joseph Nzirorera, Augustin Ngirabatware, Claver Mvuyekure, Pasteur Musabe, Seraphin Rwabukumba et Kajuga Robert. se sont reunis à l’hotel Rebero et ont décidé de créer et de financer une force chargée d’exterminer les Tutsi.

 

6. Poursuite de l’achat d’armes contre l’embargo de l’ONU 

 

Le 27 février 1994, une note des services de renseignemnts belges signale la poursuite  du trafic d’armes au profit de l’armée rwanaaise et de ses milices, en violation de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.  Ces sources indiquaient que ces armes  avaient été achetées par le Rwanda à l’Unita (une rebellion angolaise) , transitaient par la base militaire de Kamina en République Démocratique du Congo (RDC, à l’époque Zaïre), étaient ensuite acheminées à l’aéroport de Goma , pour être en fin livrées aux forces armées rwandaises par le poste frontalier de Gisenyi. C’est donc par différentes voies illégales que les armes ayant été utilisées pour exécuter le génocide ont continué à être livrées aux tuers malgré la présence de la MINUAR et la connaisssnce par des puissances  occidentales de ce réseau occulte d’approvisionemnt.  

 

Ce même jour, le général DALLAIRE demande à nouveau l’autorisation de confisquer des armes et éxprima des craintes sérieuses dd’une guerre civile. Lea nations Unies lui rappelèrent que son mandat ne se limitait quà la supervision de la mise en place des institutions de transition.

 

 Entre 25-28 février 1994, des massacres et violences à l’encontre des Tutsi leur poussent à chercher refuge aupres de la MINUAR. C’est ainsi que celle-ci   ouvrit alors deux sites d’accueil, l’un à côté du stade national AMAHORO; l’autre dans les entrepôts de MAGERWA à Gikondo

 

 

7. Achat de 581 tonnes de machettes utilisées pendant le génocide 

 

En février 1994, un employé de la société CHILLINGTON, affirma que son entreprise avait vendu au Rwanda en quelques mois, une grosse quantité de machettes qui depasse de loin celle qui avait été commandée pendant toute l’année 1993.  Des demandes de licences d’importationsexaminées par Human Rights Watch entre janier 1993 et mars 1994, montre que 581 tonnes de machetes furent importées au Rwanda.  Ces machettes ont été commandées pour un montant de 95 millions de francs rwandais par le financier du génocide Félicien KABUGA.

 

Le journal britanique, The Sunday Times du 24 novembre 1996 révéla qu’entre août et décembre 1993, la société CHILLINGTON avait vendu un lot de 1600 machettes à deux employés de la société RWANDEX, Eugène Mbarushimana et François BURASA. MBARUSHIMANA qui était un agent de RWANDEX était également gendre de KABUGA et était en même temps sécrétaire général des miliciens INTERAHAMWE au niveau national. Quant à la personnalité de François BURASA, c’était un ancien militaire membre du parti extremiste hutu,CDR, et était  le frère d’un des leaders de ce parti, Jean-Bosco BARAYAGWIZA. L’achat et la distribution de machettes  aux populations civiles ayant reçu un entraînement militaire faisaent partie du plan d’auto-défense civile révélé dans l’agenda deu colonel Bagosora. Il yétait noté qu’une partie des membres de cette organisation recevraient des armes à feu et qu’une autre recevra des armes blanches dont des machettes.

 

                              Conclusion

 

Toutes ces événements montrent que Habyarimana et son régime ont planifié le génocide contre les Tutsi, créé des structures criminelles et leur ont fourni des moyens.

La planification s’est faite au grand jour, appuyée par certains Etats étrangers, sans que quelqu’un intervienne pour faire avorter ce plan d’extermination.

 

 

 

 

Dr BIZIMANA Jean-Damascène

Secrétaire Exécutif

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