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Discours de S.E. Amandin Rugira à la cérémonie organisée à Namur pour la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda

Prononcé le 18 mai 2019 à l'hôtel de ville de Namur

  • Monsieur Maxime Prévot, Bourgmestre de la ville de Namur ;

  • Madame Félicité Lyamukuru, Présidente d’Ibuka Mémoire et Justice ASBL ;

  • Madame Jeny Faida, Présidente de la Diaspora Rwandaise de Belgique, section de Namur;

  • Monsieur Richard Sebiziga, Coordinateur du comité d’organisation de la commémoration de Namur,

  • Madame Angélique Rutayisire,  

  • Chers rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi, chers compatriotes ;

  • Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités ;

 

C’est pour la deuxième année consécutive que la ville de Namur nous fait l’honneur de recevoir dans ses belles installations la commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

Mr Prévot, Bourgmestre de la ville de Namur, je vous remercie de votre engagement envers notre cause. Votre présence parmi nous compte beaucoup à nos yeux, mais certainement encore plus aux yeux du peuple rwandais en général et en particulier aux yeux des enfants du Rwanda qui sont devenus namurois.

A vous Namurois d’origine rwandaise, je vous fais part de notre reconnaissance pour le travail de sensibilisation auprès des autorités communales de la ville de Namur ainsi que pour l’organisation parfaitement orchestrée et inclusive de toutes les organisations rwandaises basées en terre namuroise.

 

Mesdames et messieurs,

 

Il y a maintenant 25 ans que nous nous souvenons des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Un quart de siècle écoulé est à la fois très court et très long. C’est court, car  ce qui s’est passé au Rwanda d’avril à juillet 1994 reste figé dans les mémoires de tous ceux qui étaient en vie à l’époque.

 

Mais c’est aussi très long, car le temps d’une génération est passé depuis. Pour ceux qui ne la savent pas, plus de 60% de la population rwandaise n’a pas vécu le génocide perpétré contre les Tutsi et encore moins la construction de l’idéologie génocidaire qui trouve ses racines dans les années 50.

 

Le travail de transmission de la mémoire qui se fait dès le lendemain du génocide est donc indispensable pour que les fondations du Rwanda que nous construisons patiemment ne soit pas fragiles au risque d’un retour éventuel de l’idéologie génocidaire.

Il importe de rappeler que les instigateurs du dernier génocide du 20ème siècle n’ont pas abandonné leurs idées mortifères, et en particulier ici en Belgique à travers une nouvelle génération intoxiquée qui reproduit leurs délires ethniques. Il s’agit d’un danger contre la vérité des faits, en ce compris la mémoire des 10 casques bleus belges qui sont tombés pour s’être opposés à l’entreprise qui venait de commencer le 7 avril 1994.

 

Notre vigilance doit donc être d’autant plus grande aujourd’hui car les principaux architectes du génocide condamnés par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda à Arusha, sortent petit à petit de prison, alors que l’on sait que leurs méthodes de défense ont consisté à nier les faits ou de les attribuer au FPR dans un processus de réécriture historique honteux.

 

Mesdames et messieurs,

 

Le négationnisme est consubstantiel à tous les génocides. Ce processus de négation amorcé dès les premiers jours du génocide, continue à ce jour. En effet, le gouvernement intérimaire n’a eu de cesse jouer avec les faits et travestir la réalité.

 

A titre de rappel qui s’inscrit dans le travail de la transmission de la mémoire, le 12 mai 1994, le sous-secrétaire des Nations Unies aux Affaires humanitaires qui était au Rwanda pour préparer le déploiement de nouvelles forces des Nations unies rencontra séparément le commandant des forces du FPR, le Général-Major Paul Kagame, et le chef d'Etat-Major des forces gouvernementales rwandaises, le Général-Major Augustin Bizimungu. Alors que le Général-Major Paul Kagame était d'avis que la force devait jouer un rôle d’assistance humanitaire, le Général-Major Bizimungu désirait qu'elle joue un rôle d'intervention dans la « guerre » en cours.

 

Le 15 mai 1994, en plein génocide, la BBC rapporta que les arrivants récents dans un camp de réfugiés du nord de la Tanzanie accusaient les forces du FPR d'avoir commis des atrocités contre des femmes et des enfants dans les communes de l’ex-préfecture de Kibungo. C’était une stratégie de la part de certaines personnes parmi ces réfugiés,  ayant participé au génocide, de s’assurer que le mot d’ordre de la propagande se répande.

 

Le lendemain, Augustin Bizimana, ministre de la Défense du gouvernement intérimaire, déclarait aux journalistes que les massacres, entendez le génocide, avaient cessé.

 

A contrario et presque simultanément, les soldats du gouvernement et les Interahamwe exécutent des centaines de Tutsis qui s’étaient réfugiés dans l'église de Kabgayi.

 

Loin des caméras, Le Premier ministre Jean Kambanda et le président Sindikubwabo se rendirent respectivement à l’université nationale du Rwanda et dans la préfecture de Kibuye où ils expriment leurs satisfaction et remerciement pour le « travail » accomplit dans les deux préfectures. Le travail dans le jargon des génocidaires correspondait à l’assassinat ciblé des Tutsi et donc à l’exécution du génocide.

 

Heureusement au même moment, les forces du FPR prirent le contrôle du district de Bugesera, sauvant environ 2 000 personnes, en majorité des survivants tutsis du massacre de l'église de Ntarama. En parallèle, les réfugiés qui avaient fui en Tanzanie à la suite des massacres continuaient de rentrer dans la préfecture de Kibungo par le poste frontière de Rusumo, sous le contrôle des forces du FPR. Le président du FPR, le colonel Alex Kanyarengwe, avait en effet lancé un message encourageant les réfugiés à retourner au pays, y compris les membres de la milice Interahamwe, à condition qu'ils rendent leurs armes et dénoncent leurs actes.

 

Le 18 mai 1994, le FPR utilisa sa Radio Muhabura pour encourager les personnes bloquées dans diverses parties de Kigali derrière les lignes ennemies à se rendre dans les zones contrôlées par le FPR pour être secourues.

 

Pendant que le FPR portait secours aux rescapés, un responsable du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) basé dans un camp de réfugiés accusa à son tour les forces du FPR d'avoir tué des gens et incendié des maisons dans la préfecture de Kibungo. Dans une interview à la Voix de l’Amérique, le Général-Major Paul Kagame, président du haut commandement militaire du FPR, nia rapidement ces accusations et confirma que le FPR ne s’en était pris qu’aux milices qui étaient des cibles légitimes.

Alors que le génocide faisait rage, le gouvernement extrémiste fit de son mieux pour cacher la vraie nature des massacres et calomnier ceux qui s’y opposaient. 25 ans plus tard, nous continuons encore à sentir les effets de cette tromperie.

 

Mesdames et messieurs,

 

La force, la tolérance et la résilience qui ont caractérisé le FPR pendant son combat en vue de stopper le génocide ont servi plus tard à la reconstruction de notre nation. La combinaison de tous ces facteurs sous l’impulsion de notre leader visionnaire, S.E Paul KAGAME, Président de la République du Rwanda a permis le renouveau de notre pays.

 

Aujourd’hui, les résultats obtenus parlent d’eux-mêmes et pourtant nous en voulons plus. Nous ne sommes donc pas au bout de nos efforts. Cette soif nous ramène à la transmission dont je parlais plus haut. Nous devons aller le plus loin possible afin que le terreau de l’idéologie génocidaire ne puisse plus jamais s’implanter au Rwanda.

 

Tous ces éléments que je viens de développer nous renseignent sur le choix du thème de cette 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda qui est : Mémoire – Unité – Renouveau.

 

 

Mesdames et messieurs, chers rescapés, chers compatriotes,

 

Je m’en voudrais de conclure mon intervention sans saluer le courage des rescapés à l’instar de Mme Angélique Rutayisire, qui pour nous surmontent l’horreur de ce qu’ils ont vécu pour nous transmettre leur histoire vécue. Les témoignages des rescapés comme celui de Madame Angélique que nous venons d’entendre, permettent de s’assurer que le souvenir des faits qui ont caractérisé le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, demeure et ne disparaisse jamais. Madame Rutayisire, nous vous remercions et à travers vous l’ensemble des rescapés pour cette contribution indispensable au devoir de mémoire pour les générations présentes et à venir.

 

Je vous remercie pour votre attention.