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Discours de S.E. Amandin Rugira à la cérémonie organisée à Mons pour la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda

Prononcé le 11 mai 2019 à l'hôtel de ville de Mons

  • Monsieur Nicolas Martin, Bourgmestre de la ville de Mons

  • Madame Félicité Lyamukuru, Présidente d’Ibuka Mémoire et Justice ASBL ;

  • Monsieur Gilbert Dushimimana, Président de la Diaspora Rwandaise de Belgique, section de Mons;

  • Madame Claire Ruyuki,

  • Mesdames et messieurs les artistes,

  • Chers rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi, chers compatriotes ;

  • Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités ;

 

Nous sommes rassemblés ici pour commémorer pour la 25ème fois, les victimes du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, et c’est pour la 3ème fois qu’une cérémonie pareille ait lieu ici à Mons.

 

Si je me réjouis d’avoir l’occasion d’être ici, ce n’est pas tant dû au nombre d’années depuis lesquelles la ville de Mons nous permet de commémorer les nôtres, mais c’est en raison de l’intensité et de l’énergie dont ont fait preuve les autorités montoises et de la visible   solidarité  à notre cause.

 

En effet, lors de la commémoration organisée l’année dernière, l’Asbl Ibuka Mémoire et Justice a exprimé auprès des autorités de la ville de Mons le souhait  de voir  une stèle érigée en mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994. Une semaine à peine après la commémoration, le Conseil communal adopta une motion confirmant l’engagement que vous, Monsieur Martin, Bourgmestre de la Ville de Mons, avez pris à notre égard.

Je crois, sans me tromper, que ladite stèle sera érigée l’année prochaine, et j’ai hâte de participer à la cérémonie de son dévoilement.

 

Monsieur le bourgmestre, au nom du peuple rwandais dans son ensemble, au nom des montois d’origine rwandaise en particulier et en mon nom propre, je tiens à vous remercier pour avoir honoré votre promesse et pour votre appréciable appui dans la co-organisation de cet événement.

 

Chers compatriotes montois,

 

Je vous remercie pour votre engagement commun qui a permis de bien travailler avec les autorités montoises afin que cette journée soit une réussite.

 

Sans vous, la ville de Mons n’aurait pas été à nos côtés au jour d’aujourd’hui. Nous vous en sommes reconnaissants.

 

Mesdames et messieurs,

 

Le 11 mai 1994, il y a exactement 25 ans, marquait le 35ème jour au cours duquel lesTutsi étaient pourchassés à travers le Rwanda.

35 jours de massacres ciblés,35 jours de viols, 35 jours pendant lesquels des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards  ont été tués et  parfois même enterrés vifs ou jetés dans les cours d’eau, pour le simple motif qu’ils étaient nés Tutsi.

Ces 35 jours ont été aussi marqués par l’inaction de la communauté internationale, le retrait des troupes des Nations unies et des débats interminables pour déterminer la qualification du crime qui était alors en cours sur toutes les collines du Rwanda.

Nous n’oublions pas également la résistance acharnée des hommes et des femmes du FPR pendant ces 35 jours, pour tenter de mettre un terme à ce crime innommable perpétré aux vu et au su du monde entier.

 

Le mercredi 11 mai 1994 était la veille de l’Ascension. Contrairement aux années précédentes, le cœur n’est pas à la célébration. Dans tout le pays, les églises qui servaient auparavant de sanctuaires étaient devenues des lieux de mort où s’empilaient les cadavres.

 

Pendant ce temps-là, le Conseil de sécurité des Nations Unies débat tait sur la demande du Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali d'envoyer une force de la MINUAR de 5 500 hommes pour mettre fin, je le cite, « aux massacres perpétrés au Rwanda ». Cette demande du Secrétaire général de l’ONU est aujourd’hui largement considérée comme controversée, car elle mentionnait la crainte que la force ne joue un rôle interventionniste dans, et je  le cite encore: « la guerre entre le FPR et l’armée rwandaise ».

 

Cette position refléterait l'expérience désastreuse récente des forces de l'ONU en Somalie. Le président des États-Unis d’alors, Bill Clinton, a déclaré que les États-Unis n'étaient pas disposés à affecter du personnel à une force élargie de la MINUAR, mais qu'ils apporteraient un soutien financier et logistique à cette force à envoyer au Rwanda. Bill Clinton suggèra ensuite qu'une force africaine conviendrait mieux à la mission proposée, mais que son mandat devrait se limiter à la protection de certains corridors humanitaires.

Le Général-Major Paul Kagame, alors président du Haut commandement militaire de l'APR, déclara pour sa part, qu'une force élargie de la MINUAR ne devrait pas dépasser sa taille initiale de 2 500 hommes et que son rôle devrait être purement humanitaire.

En effet, comment les troupes de l’ONU auraient-elles pu se positionner face à des massacres au milieu d’une guerre ? C’est toute l’absurdité de ce contexte qui conforta le FPR à continuer de ne compter que sur lui-même.

 

Mesdames et messieurs,

 

Un quart de siècle plus tard, cette 25ème commémoration se fait sous le thème libellé comme suit : Mémoire, Unité et Renouveau.

 

Je viens de vous rappeler des faits qui nous permettent de faire ce devoir de mémoire. Cependant, nous devons aller plus loin. Si le génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994 est un fait établi, sa genèse, ses raisons et ses acteurs demeurent flous aux yeux de certains, et en particulier de ce côté-ci du globe. Le gouvernement rwandais a dans ce cadre souhaité que la transmission de la mémoire soit le moteur de cette commémoration. Il est fondamental que les générations qui ont subis les pogroms, les générations qui ont échappé aux massacres cycliques et qui ont enduré des discriminations de toutes sortes entre 1959 et 1994, transmettent leur histoire à celles et ceux qui n’ont que 25 ans aujourd’hui.

 

Ce travail de transmission de la mémoire est essentiel pour consolider les fondations de l’unité et de la réconciliation durement retrouvées.

 

Ce travail est primordial pour que le renouveau du Rwanda s’ancre dans notre jeunesse qui, enfin de compte, est le Rwanda de demain, « U Rwanda rw’ejo ».

 

Le Gouvernement de mon pays, sous le leadership visionnaire de S.E Paul KAGAME, Président de la République du Rwanda a tout fait pour que les conditions optimales de la transmission de la mémoire soient remplies. Ces Conditions étant l’Unité, la Réconciliation et la Stabilité tant au niveau économique et sécuritaire.

 

Mesdames et messieurs, chers rescapés, chers compatriotes,

 

J’aimerais conclure mon intervention par une citation tirée du   roman “Petit pays” de Gaël Faye: “Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie”.

 

Soyons donc conscients de cela tout au long de ces commémorations. Les blessures visibles, mais surtout invisibles, continuent de hanter nos compatriotes rescapés. À l’instar de Madame Claire Ruyuki, le courage dont ils font preuve non seulement en partageant leur expérience tant douloureuse, mais aussi en contribuant significativement à la réconciliation du peuple rwandais est inestimable pour notre histoire et pour le futur de notre pays.

 

Je vous remercie pour votre attention.