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Discours de S.E. Amandin Rugira à la cérémonie organisée à Anvers pour la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda

Prononcé le 27 avril 2019 à Anvers 

  • Madame Jinnih Beels, échevine en charge de l’éducation, la jeunesse et l’intégration.

  • Monsieur Sergeï Vardanyan, représentant de la communauté arménienne de Belgique 

  • Monsieur Gunther Vanpraet, Consul Honoraire du Rwanda en Flandre,

  • Monsieur Charles Mwumvirangoma, Président de la section d’anvers de la DRB,

  • Madame Félicité Lyamukuru, Présidente d’Ibuka Mémoire et Justice ASBL ;

  • Madame Donata Mukabayiro;

  • Chers rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi, chers compatriotes ;

  • Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités ;

 

 

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que notre pays a été abimé dans sa chair. Il y a 25 ans, débutait le dernier génocide du 20ème siècle, celui perpétré contre les Tutsi du Rwanda.

 

Ne vous y trompez pas, il s’est géographiquement déroulé au Rwanda, mais il s’agit bien d’une horreur universelle. Comme une partie des rwandais a été ciblé et il est essentiel de nommer ce drame par son nom : le génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda.

 

Imaginez un instant que la Shoah soit qualifiée de génocide allemand ? C’est inimaginable, n’est-ce pas ? La communauté juive vivant à Anvers, comme partout ailleurs, ne pourrait en aucun cas le tolérer.

 

Il est fondamental que l’appellation respecte l’Histoire. Comme l’écrivait Albert Camus : « à mal nommer les choses, on ajoute au malheur du monde. »

 

J’ai choisi de clarifier d’emblée les choses, parce qu’hélas, la Flandre a été, durant ces 25 dernières années, le terreau d’une certaine complaisance en faveur des milieux connus pour leur négationnisme. La métropole anversoise n’est malheureusement pas exempte de ces pratiques regrettables : la parole offerte par l’université à Monsieur Filip Reyntjens et ses disciples, qui ne se privent jamais de nier ou revoir l’Histoire, ne peut nous satisfaire.

 

Au delà du monde académique anversois, des journalistes et des avocats alimentent eux aussi des thèses tendant à faire croire que le Rwanda n’a été le théâtre que d’une simple guerre tribale, comme l’Afrique en a le secret.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Les cérémonie  commémoratives comme celle-ci  est le moment et le lieu pour rappeler des faits clairs et importants :

 

Le génocide n’a pas été un soulèvement populaire pour venger un président injustement assassiné. Si tel avait été le cas, comment peut-on expliquer tout ce qui a été fomenté à l’encontre de la population Tutsi de 1959 à 1994. N’ont-il pas subi des pogroms, massacres cycliques, discriminations de toutes sortes ?

 

Le génocide ne ciblait pas la population rwandaise dans son entièreté, il ciblait uniquement les Tutsi. Le dire ne signifie pas que nous nions la mort d’autres rwandais et même des étrangers.

 

Le dire permet de rétablir les faits pour s’assurer que jamais ils ne se reproduisent. Le dire permet aussi de rendre hommage à toutes ses âmes salutaires qui ont mis l’humanité avant toute forme d’appartenance pseudo ethnique.

 

Enfin le FPR n’a pas commis de génocide contre les Hutus au Rwanda ou ailleurs. Le FPR a plutôt mis un terme au génocide perpétré contre les Tutsi, et a ensuite effacé toute trace institutionnalisée de cette idéologie génocidaire et ouvert les bras à tout rwandais souhaitant revenir au pays, pour enfin rendre la justice et permettre un processus d’unité et de réconciliation.

 

Les personnes de bonne foi peuvent constater ces faits en se rendant au Rwanda. Et dans un monde aux équilibres de plus en plus fragiles, où la valeur de la vérité semble menacée, il est fondamental de séparer la vérité historique des mensonges intéressés.

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Le combat contre le négationnisme est plus que jamais d’actualité dans la mesure où il se pourrait que dans cette belle ville des négationnistes s’installent  sur les bancs de votre parlement régional. En effet, des membres de l’ancien régime rwandais et dont certains ont fait l’objet de condamnation pour génocide, vivent en Flandre depuis 1994 et ont transmis cette idéologie génocidaire à leurs enfants ou petits-enfants.

 

Sauf erreur de ma part, prochainement des jeunes d’origine rwandaise seront sur vos bulletins de votes . Les communales de 2018 ont été un signal d’alerte pris au sérieux par certains partis politique côté francophone. Malheureusement,  tous les partis politiques n’ont pas pris en compte cette alerte.

 

Nous ne voulons pas interférer dans les affaires belgo-belges mais nous nous devons de le signaler pour éviter toute dérive. Rester silencieux devant cette situation nous rendrait complice.

 

C’est pourquoi notre présence ici, aujourd’hui va au-delà de la commémoration.

 

Nous espérons que les informations contenues dans le témoignage de Madame Mukabayiro, dont je salue le courage, ainsi que  les  images diffusées vous aideront à  bien comprendre les fondements de notre lutte pour la justice mémorielle , l’appui de tout le  monde étant une contribution appréciable.

 

 

Mesdames et messieurs,

 

Au-delà de ce contexte général, permettez-moi de vous rappeler ce que le mardi 27 avril 1994 a été pour celles et ceux qui étaient au Rwanda.

 

Cela fait 20 jours que le génocide a commencé… Le Rwanda ne sait pas encore qu’il lui reste 80 jours avant la fin de l’horreur. Pendant que le reste du monde regarde l’élection de Nelson Mandela, premier président noir de l’Afrique du sud post apartheid, 4000 Tutsi sont tués dans la commune de Muyaga au sud du pays.

 

Le débat sur l’appellation et l’utilisation du terme de génocide, commence ce jour-là. La porte-parole du département d’Etat américain refuse d’utiliser le mot « génocide » car elle a peur des « conséquences » que cela pourrait avoir.

 

En effet, Il aurait été bien compliqué de justifier la diminution, quelques jours plus tôt, du contingent des casques bleu de 2500 à 270 hommes, si la situation était bien celle d’un génocide.

 

L’organisation non gouvernementale Oxfam utilisera elle le terme de génocide, tandis que Human right watch condamnera la France pour avoir reçu des officiels du gouvernements génocidaire, notamment Jean-Bosco Barayagwiza et Jerome Bicamumpaka. 

 

Un crime contre l’humanité se commet et le communauté internationale s’en détourne. Cette journée cristallise cette faute, qui bien plus tard, fut admise par certains gouvernements, comme celui du Royaume de Belgique.

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

 

Avant de conclure, j’aimerais remercier tout particulièrement les Rwandais d’Anvers, ainsi que notre consul Gunther pour l’organisation de cette commémoration.

 

Aux Rwandais de Flandre et particulièrement ceux de Flandre occidentale, je voudrais dire que votre présence en nombre est un signe merveilleux de l’unité qui soude notre communauté.

 

Aux autorités de la ville d’Anvers, je leur adresse mes remerciements pour leur présence parmi nous et pour l’aide précieuse accordée pour l’organisation de cette journée.

 

Enfin, Mesdames et messieurs, chers rescapés, chers compatriotes,

 

Comme je l’ai dit en introduction : il nous reste 80 jours de deuil. Sachons nous montrer solidaires, à l’écoute, au plus près des rescapés. Que nos présences les entourent au mieux.

 

Je vous remercie pour votre attention.