Discours de S.E. l'Ambassadeur à l'occasion de la 28e journée de la Libération, le 4 juillet 2022 à Bruxelles

Excellences Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,  

Mesdames et Messieurs les représentants des différentes institutions du Royaume de Belgique,  

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes, chers amis du Rwanda, 

Distingués invités en vos titres et qualités,  

 

Welcome on the Rwandan Soil,  

Bienvenue en terre rwandaise,  

Welkom op Rwandese bodem, 

Karibu kwenye Udongo wa Rwanda, 

Murakaza neza kubutaka bwu Rwanda,  

 

C’est avec beaucoup d’émotion et de joie que nous vous accueillons aujourd’hui au sein de votre ambassade. Il s’agit en effet de notre première rencontre dans un cadre festif après avoir été contraints d’organiser nos célébrations en ligne pendant plus de deux années.  

 

Elle a une dimension toute particulière à mon endroit également. En effet, il s’agit de la première fois où je me présente à vous et par voie de conséquent dans le cadre d’une Journée de la Libération. Nous sommes honorés de vous recevoir, ce qui dans notre culture a une portée d’une extrême importance.  

 

Mesdames et Messieurs, 

Distingués invités,  

Cette date du 4 juillet a une signification hautement symbolique pour notre pays. Il y a 28 ans, un lundi comme aujourd’hui, le 4 juillet 1994 sonnait le glas de 100 jour atroce, d’une barbarie sans nom, d’une machine génocidaire qui a emporté plus d’un million de vies, dont certaines dépouilles continuent d’être exhumées à l’heure actuelle.  

Cette date marque également la fin dans ses frontières d’une idéologie génocidaire qui avait semé la terreur et la division depuis 1959 et cette fameuse « Toussaint rwandaise » poussant des dizaines de milliers de personnes sur la route de l’exil. Plusieurs décennies plus tard le Génocide perpétré contre les Tutsi fut le point culminant de cette campagne de haine. 

Au-delà du glas de l’idéologie génocidaire, la date du 4 juillet marque également la naissance d’un nouveau Rwanda. Ce nouveau Rwanda, comme vous pouvez le voir sur l’image derrière moi se veut jeune, vaillant, et confiant. Je ne peux pas, en ce jour, mentionner cette date sans rendre hommage aux jeunes hommes et femmes qui constituaient les troupes du Front Patriotique Rwandais. Sans ces jeunes qui firent le choix de prendre leur destin entre leurs mains, et de rendre à l’ensemble de leurs concitoyens, qu’ils soient en dehors ou à l’intérieur du Rwanda, leur dignité perdue.  Leur objectif était d’offrir la possibilité aux Rwandais de vivre dans un pays uni, serein et prospère. En ce jour, je me permets donc de lever un verre en l’honneur de leur sacrifice et de leur bravoure.  

A leur santé ! 

 

Mesdames et Messieurs, 

Cher compatriotes,  

Comme je le disais, le 4 juillet marque le premier jour d’une nouvelle ère, d’un nouveau Rwanda. Mais la douloureuse renaissance se fit dans le cadre d’un pays exsangue, qui avait perdu ses forces vives, et exempt d’institutions fonctionnelles. A titre d’exemple, il n’y avait, en juillet 1994, plus aucune structure bancaire ni de billets ou pièces de monnaies à la Banque Nationale du Rwanda. Le Rwanda était alors dépourvu de tout service public, de soins de santé et d’écoles. Un Rwanda vidé de tout qui a dut, d’abord et avant tout, faire face à des problèmes sécuritaires conséquents. Il nous a fallu, dans un premier temps, consolider la pacification de l’ensemble du territoire. Par ailleurs, les troupes génocidaires postées à nos frontières continuaient d’attaquer notre territoire, en totale violation du droit international. 

Nous avons dû trouver des moyens pour assurer la sécurité de nos citoyens sur chaque colline, dans chaque ville, et chaque quartier – parfois jusqu’à leur domicile. Ceux qui ont connu cette époque peuvent en témoigner : de 1994 au début de ce millénaire, une escorte militaire était indispensable pour effectuer des déplacements d’une ville à l’autre dans notre pays. Face à cette menace permanente au seuil de notre pays, et en l’absence de tout support international malgré nos appels à l’aide, nous fumes contraints d’agir pour finalement sécuriser notre territoire. Au-delà d’une lutte contre ces forces qui attaquaient notre population, la mise en place de couloirs humanitaire permit également à des milliers, que dis-je, des millions de personnes prises en otage par ces forces génocidaires, de retrouver leurs collines natales.  

 

Ce retour n’a pas toujours été facile. Loin s’en faut. Les nombreux défis auxquels nous faisions face nous ont poussé à nous rassembler autour de l’ensemble des forces vives de la nation qui souhaitaient reconstruire un nouveau Rwanda. C’est ainsi qu’entre 1997 et 1998, il y eut des concertations dans le cadre des « débats du village Urugwiro ». Ces débats posèrent les jalons du Rwanda d’aujourd’hui. 

Par exemple, nos réflexions face à l’énorme défi de la justice post-génocide débouchèrent sur un retour à un modèle traditionnel de justice citoyenne. C’est ainsi que revint les tribunaux Gacaca, qui ont jugé près de 2 millions de cas entre 2001-2011. La justice joua un rôle unificateur et réconciliateur au sein de notre population divisée. En admettant leurs crimes, les bourreaux pouvaient indiquer où gisaient les dépouilles de leurs victimes, ce qui permit aux familles d’enfin faire le deuil de leurs disparus.  

Ces débats nous ont permis de refondre nos institutions, avec comme priorités la lutte contre la corruption, le développement économique et un meilleur équilibre dans le partage du pouvoir.  

Par conséquent, la priorité des priorités fut la réduction de la pauvreté, à travers un programme ambitieux qui nous a permis de faire sortir plus d’un million de Rwandais de l’extrême pauvreté en moins de 10 ans de mise en œuvre. Ce résultat fut atteint en puisant dans nos traditions pour trouver des solutions innovantes, tel que le programme Girinka, qui offrait une vache à chaque famille pauvre, et qui devait en contrepartie, rendre à la communauté les petits de cette dernière, récréant ainsi un système social d’entraide mutuel. Ces efforts ne se résument pas à de simples statistiques, mais visaient aussi à reconstruire le tissu social du pays déchiré par des années de haines et de discriminations. 

 

 

Mesdames et Messieurs,  

Très chèr(e)s convives,

 

En parallèle de cette lutte contre la pauvreté, nous avons dû réfléchir à notre modèle économique. Comme le rappelle régulièrement Son Excellence, le Président de la République, Paul Kagame : « l’Afrique a raté les 3 premières révolutions industrielles. Aujourd’hui, l’Afrique ne peut pas se permettre de rater la 4ème révolution, celle du numérique ». Notre premier objectif pour ce faire, fut d’investir dans les infrastructures, et en particulier celles des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous avons également investi dans le système éducatif et les incubateurs à startups, afin que notre jeunesse soit compétitive dans ce secteur.  

Ensuite, force-nous a été de constater que le tourisme, était à nos yeux, la ressource naturelle la plus précieuse à notre disposition. Nous avons alors mis l’accent sur la conservation de la nature, qui a permis la renaissance de notre biodiversité. Le Rwanda est ainsi le seul pays au monde où la population des célèbres gorilles à dos argentés est en augmentation. Ces efforts nous ont permis de faire revivre des forêts en voie d’extinction, telles que la forêt primaire de Nyungwe, dorénavant inscrite au patrimoine de l’humanité.  

Enfin, ce potentiel touristique lié à notre capital humain multilingue, francophone, anglophone et swahiliphone nous a permis de vendre le Rwanda comme une destination du tourisme des conférences. Nous avons alors investi dans des infrastructures pour accueillir pareilles réunions et attirer des grandes enseignes de l’hôtellerie telles que Marriott, Radisson Blue, Sheraton et Hilton très prochainement. 

 

Mesdames et messieurs,  

Très chères compatriotes,  

Comme le reste du monde, le Rwanda a subi de plein fouet les effets de la pandémie de COVID-19. Notre gestion de la crise sanitaire a, une fois de plus, démontré la résilience et la ténacité qui caractérisent notre nation.  

Dès les premiers jours de la pandémie, le gouvernement a décrété un confinement et lancé une campagne de testing et tracing. Cette réaction rapide nous a permis de rouvrir nos frontières dès le 1er aout 2020, et d’allouer des fonds pour la relance économique, avec le concours de nos partenaires que je salue.  

Nos choix judicieux dont j’’ai parlé plus haut se sont avéré cruciaux au cours de cette crise mais aussi à sa sortie. En effet, pendant la crise notre compagnie aérienne Rwandair s’est mutée en transporteur cargo pour faciliter l’approvisionnement en denrées et dès la réouverture des frontières elle a permis une reprise d’un trafic régulier vers le Rwanda qui a facilité la reprise économique.  

Enfin, permettez-moi également de remercier la diaspora pour le dévouement et la solidarité qu’ils ont affichés à l’endroit des plus nécessiteux pendant cette période difficile. Mwarakoze cyane.  

Le résultat de cette gestion s’est cristallisé dans un évènement symbolique qui vient d’avoir lieu au Rwanda. La Réunion des Chefs de Gouvernements du Commonwealth (CHOGM), du 20 au 26 juin dernier, a attiré au Rwanda plus de 4000 délégués, dont 35 Chefs d’États et de Gouvernements.  

 

Mesdames et Messieurs, 

Le Rwanda a voulu voir plus loin que la pandémie et les crises actuelles qui nous frappe. Ces crises, de la pandémie du Covid 19 à la guerre Russo-Ukrainienne, ont révélés des problèmes structurels mondiaux auxquels nous nous efforçons de répondre. 

 

C’est dans ce cadre que le Président de la République, Son Excellence Paul Kagame a été parmi les premiers à faire un plaidoyer pour une équité vaccinale à l’échelle globale. En conséquence, le Rwanda a été choisi pour être l’un des quatre pays africains où s’installera une usine de fabrication de vaccins. C’est avec beaucoup de fierté que je vous annonce que cette usine a posé sa première pierre à la fin du mois de juin. 

 

Malgré les progrès réalisés dans tous les domaines que nous venons de citer et ceux que nous n’avons pas énuméré, nous restons vigilants et conscients que d’autres problèmes sont à venir.  

 

Néanmoins nous pensons que la combinaison gagnante de notre résilience, du leadership dont nous avons la chance de bénéficier et de l’appui de nos fidèles partenaires, pourront nous permettre de faire face à toutes situations prévues ou imprévues.  

 

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,  

A travers ces mots, je voulais vous relater la trajectoire transformatrice de notre pays au cours de ces 28 dernières années. Malgré les hauts et les bas, nos sacrifices et nos choix nous permettent dorénavant de nous positionner en partenaire digne, solide et fiable. Nous sommes sortis du gouffre et pouvons dorénavant apporter des solutions concrètes aux problèmes qui nous affectent, qui affectent notre région, notre continent et même la planète tout entière. 

Permettez-moi de conclure ce message en vous remerciant de votre présence. Votre présence en nombre démontre la confiance de vos Etats, de vos institutions, ou la vôtre, à l’égard de notre pays. Cela nous réjouit tout particulièrement et nous encourage à persévérer sur cette voie où de nombreux défis nous attendent, notamment celui d’offrir des opportunités à notre jeunesse qui compte sur nous.  

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une joyeuse fête nationale de la Libération.  

 

Longue vie à S.E Paul Kagame, Président de la République du Rwanda 

 

Vive le Rwanda 

 

Vivent le Rwandais 

 

Et vive l’amitié des peuples 

 

A présent, je vous invite à lever vos verres pour un toast à l’occasion de la journée de libération du Rwanda.

 

Santé !