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Déclaration de S.E. Olivier Jean Patrick NDUHUNGIREHE,

Ambassadeur du Rwanda à Bruxelles,

à la 23ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi

Anvers, samedi 29 avril 2017

Mme Pulchérie Nyinawase, Présidente de la Diaspora Rwandaise de Belgique (DRB-Rugari) ;

M. Deo Mazina, Président d’Ibuka Mémoire et Justice ;

Mme Aminat Nduwimana, Présidente a.i. de la DRB-Rugari, Section d’Anvers ;

M. Christian Vrouyr, représentant la communauté arménienne de Belgique ;

M. Richard Nana Amaoko, Conseiller communal à la commune de Merksem ;

M. Toom Roosens ;

Mme Spéciose Niwemugore;

Chers compatriotes, chers rescapés du génocide, chers amis du Rwanda ;

Mesdames et messieurs ;

1. Je remercie la DRB-Rugari Section d’Anvers et le Comité d’organisation pour cette cérémonie de la 23ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi. Je remercie également la Ville d’Anvers pour la solidarité qu’elle a manifesté envers le Rwanda dans cette période difficile. En effet, bien que le Bourgmestre Bart De Wever ne soit pas physiquement avec nous à cause d’un engagement antérieur, il nous a envoyé un message de soutien et de solidarité que voici :

2. [Je cite, dans la version originale] “I would like to thank you for your kind invitation to attend the 23rd commemoration of the genocide against the Tutsi. In this period, all over the world we are remembering and honouring the hundreds of thousands of genocide victims – and also recognizing the courage of survivors. Therefore, in global solidarity, it is very important to me that also in Antwerp a memorial service will take place. […] On behalf of the city of Antwerp, with this letter I would like to pay tribute to the victims of the genocide in Rwanda” [fin de citation].

3. Nous sommes reconnaissants au Bourgmestre De Wever et à la Ville d’Anvers pour ce message de solidarité; et nous affirmons, ici haut et fort, que cette solidarité doit être réciproque. En effet n’oublions jamais qu’Anvers n’est pas seulement un grand port ou la ville du diamant, mais également l’une des villes qui ont le plus souffert durant la Shoah, avec des rafles massives de juifs. Rappelons également que c’est dans cette Province d’Anvers, à la Caserne Dossin à Malines, que 25.000 juifs de Belgique, soit 44% de la population juive résidant dans ce pays, et 350 Tziganes ont transité pour être déportés vers le camp de la mort d’Auschwitz. Nous continuons donc à porter la flamme du souvenir, non seulement pour les victimes du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, mais aussi des victimes d’autres génocides, y compris la Shoah.

Mesdames et messieurs ;


4. Encore une fois, nous sommes rassemblés pour perpétuer la mémoire d’un million de femmes, d’enfants et d’hommes, jeunes ou âgés, valides ou handicapés, qui ont été méthodiquement massacrés pendant cent jours d’horreur pour le seul crime d’être nés Tutsi. Nous rendons également hommage aux héros nationaux et autres justes parmi notre nation, qui ont eu le courage de sauver des vies pendant le génocide et ont été tués en martyrs.

5. Je pense particulièrement à la religieuse Félicité Niyitegeka, la seule des héros nationaux que je connaissais personnellement et dont je connaissais la famille. Durant le génocide, elle recueillait des réfugiés Tutsi dans le Centre Saint-Pierre à Gisenyi, dans le nord-ouest du pays, et les évacuait en cachette vers Goma en RDC. Les miliciens Interahamwe ne tardèrent pas à la menacer ; et son frère, Lieutenant-Colonel dans les Forces Armées Rwandaises (FAR), envoya des militaires pour l’évacuer.

6. Félicité Niyitegeka refusa et, dans une lettre émouvante adressée à son frère, elle lui écrit : « Cher frère, merci de vouloir m'aider. Mais au lieu de sauver ma vie en abandonnant les personnes dont j'ai la charge, 43 personnes, je choisis de mourir avec elles. Prie pour nous, pour que nous arrivions chez Dieu, et dis au revoir à la vieille maman. Je prierai pour toi, une fois arrivée chez Dieu. Portes-toi bien. Merci beaucoup de penser à moi - Ta sœur Felicita Niyitegeka ». La religieuse et ses compagnons d’infortune furent tous embarqués par les miliciens dans un camion, ce qu’ils firent en priant et en chantant à la gloire de Dieu. Ils furent emmenés devant des fosses communes dans un cimetière où ils furent exécutés sans pitié. C’était le jeudi 21 avril 1994.

7. Aux rescapés du génocide, je dis toujours et encore « courage » ! Je sais qu’il n’est pas facile d’entendre ces discours, samedi après samedi, ville après ville au cours de cette période de commémoration, mais je vous réitère le soutien et la solidarité de la nation entière dans cette épreuve. Votre courage, c’est votre victoire sur la mort, puisque que vous avez survécu pour témoigner. Votre courage, c’est votre reconstruction, reconstruction physique et psychologique, ainsi que la reconstruction de votre pays à laquelle vous avez pris une part active. Et votre courage, c’est votre engagement indéfectible pour la justice, la réconciliation et la lutte contre le négationnisme.

Mesdames et messieurs ;


8. Méditons encore une fois sur le thème de cette 23ème commémoration: « Commémorons le Génocide perpétré contre les Tutsi – Combattons l’idéologie du Génocide – Fortifions notre progrès ».


9. Nous commémorons le génocide non seulement parce que nous avons un devoir de mémoire pour les nôtres qui sont passés dans l’au-delà dans des circonstances tragiques et révoltantes, mais nous commémorons aussi pour tirer les leçons du génocide afin de préserver les générations futures. La commémoration, ce n’est pas un événement mondain où l’on se met tous sur notre trente-et-un pour rencontrer nos compatriotes et nos amis. La commémoration, c’est avant tout un recueillement, des témoignages et des messages qui doivent faire vivre et revivre notre engagement collectif « plus jamais ça » !

10. Malheureusement, malgré quelques avancées législatives et institutionnelles aux Nations Unies et à l’Union Africaine, le monde semble avoir appris peu de leçons du Rwanda. Un an seulement après le génocide contre les Tutsi, plus de 8.000 bosniaques musulmans étaient massacrés dans un génocide à Srebrenica, alors qu’ils étaient aussi protégés par des casques bleus des Nations Unies.

11. Et que dire des atrocités de masse en Syrie, en Iraq, en République Centrafricaine et au Soudan du Sud ? Que dire de la réaction des organisations régionales et internationales, face à des signes avant-coureur d’un génocide au Burundi ? Avons-nous réellement construit une forteresse contre l’extermination ? J’en doute, mais c’est à nous rwandais, qui avons vécu et survécu l’innommable, de persévérer, à travers notamment ces commémorations, afin de préserver le Rwanda et le monde contre une telle tragédie.

Mesdames et messieurs ;


12. En commémorant, nous devons aussi combattre l’idéologie du génocide, car elle est le combustible qui a permis à la machine génocidaire de brûler la Maison Rwanda. A chaque période de commémoration, l’activisme génocidaire et négationniste surgit de nulle part. Chaque année, des rescapés du génocide sont assassinés – le Secrétaire Exécutif du CNLG en a donné des chiffres effrayants dernièrement. Chaque année, des mouvements négationnistes rwandais installés en Belgique, qu’ils soient politiques ou de la société civile, profitent toujours de cette période pour organiser des pseudo-commémorations pour « toutes les victimes du génocide rwandais », ou bien pour « toutes les victimes de la tragédie des Grands Lacs depuis le 1er octobre 1990 jusqu’à aujourd’hui » ; et ce juste par cynisme et tentative de réécrire notre histoire. Certains vont même jusqu’à créer un « Prix Victoire Ingabire », spécialement destiné à leurs amis belges, néerlandais, américains, canadiens, congolais ou autres, qui ont fait preuve du plus de zèle négationniste. Ils n’auront pas le dernier mot.

13. Et en commémorant, nous ne restons pas figés dans le souvenir, dans le passé ; nous regardons aussi vers l’avenir. Nous consolidons nos acquis et fortifions notre progrès, surtout en matière de paix et sécurité, justice et réconciliation, reconstruction post-conflit et transformation économique, démocratie consensuelle et bonne gouvernance, promotion des femmes et de la jeunesse, ou encore protection de l’environnement et promotion du tourisme. Et les élections présidentielles de cette année sont une belle occasion d’ouvrir une autre page vers le Rwanda du 21ème siècle.

Mesdames et messieurs;

14. Pour conclure, je nous invite, durant cette période et au-delà, à rester mobilisés dans notre devoir de mémoire, à rester résolus à combattre le génocide et son idéologie, à rester attachés à notre dignité et à nos valeurs, et enfin à rester unis et solidaires dans cette épreuve.


15. Je vous remercie.