11 AVRIL 1994 : Le retrait du contingent belge de l’ETO Kicukiro, les massacres à Kicukiro et Nyanza, Kicukiro

Le 11 avril 1994, le gouvernement criminel a continué à mettre en œuvre son plan génocidaire d’exterminer les Tutsi dans tout le pays. Dans le cadre de nous remémorer les victimes du Génocide perpétré contre les Tutsi, la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG) continue à rappeler l’histoire de ce Génocide, comment celui-ci a été mis en œuvre au quotidien, et ci-après comment il a été exécuté à travers le pays le 11 avril 1994.

 

1. LE RETRAIT DU CONTINGENT BELGE DE L’ETO KICUKIRO, LES MASSACRES A KICUKIRO ET NYANZA, KICUKIRO

 

L’Ecole Technique Officielle de Kigali, en sigle ETO, était gérée par les Peres Salésiens. Depuis 1963 les Tutsi s’y refugiaient et y étaient bien accueillis et assistés. Dès que les Tutsi s’y refugièrent le 8 avril 1994, rassemblés dans un même endroit, ils subirent des tirs, on tira notamment sur eux avec des flèches, jusqu’au 11 avril 1994 où ils furent amenés à l’endroit nommé Nyanza de Kicukiro où ils furent systématiquement massacrés.

En 1994, dans l’enceinte de l’ETO il y avait un poste des troupes de la MINUAR venues dans le cadre du maintien de la paix, raison pour laquelle les Tutsi s’y sont réfugiés en grand nombre, espérant y être protégés par ces militaires de l’ONU bien en armes. Apres, la MINUAR les a abandonnés entre les mains d’Interahamwe et de militaires prêts à les massacrer dès le 11 avril 1994.

Le Colonel Rusatira Leonidas a amené de nombreux militaires qui empêchèrent aux Tutsi de fuir pour rejoindre le CND, le Parlement; les Tutsi furent tués petit à petit à partir de la SONATUBES, sur le chemin vers Nyanza de Kicukiro où ils étaient amenés pour y être exterminés à coups de grenades avant que les Interahamwe ne dépouillent les victimes et achèvent ceux qui respiraient encore.

Les soldats belges stationnés a l’ETO étaient dirigés par le lieutenant Luc Lemaire, lui-même dirigé par le lieutenant-colonel Dewez, également sous la responsabilité du colonel Luc Marshall adjoint du général Dallaire aux commandes de la MINUAR. Ce sont eux qui, en premier, doivent etre tenus responsables du massacre de 2.000 tués le 11 avril 1994.

 

2. MASSACRES A L’EGLISE DE LA PAROISSE CATHOLIQUE DE KIZIGURO, Diocèse catholique de Byumba  

 

Du 7 au 10 avril 1994, les Tutsi, venus de différentes localités, ont commencé à se réfugier à l’église de Kiziguro où ils se sont faits dire qu’ils allaient y être protégés mais il s’agissait de les laisser se rassembler en grand nombre car le 11 avril 1994 ils furent tués, les massacres durèrent de 10h du matin à 16h de l’après-midi.

Ils furent tués par les Interahamwe conduits par le bourgmestre Gatete Jean Baptiste, Rwabukombe Onesphore bourgmestre de Muvumba, Mwange Jean de Dieu, Sibomana Martin (assistant bourgmestre Murambi), Nkundabazungu Augustin (commercant), Niyonzima Deogratias (Brigadier communal), Munyakazi (policier), Mbuguje Jean Damascene (commercant), Muganga Manasse, Mirasano Emmanuel, Biramahire Kaguru, Karekezi Augustin, Munyabuhoro Pierre Claver, Gakombe Balthazar, Gakwerere Aloys, Mutsinzi Emmanuel, Karengera Paulin (inspecteur des ecoles primaires), Musoni Francois, Manihura Habib, Kabalira Sylvain et bien d’autres.

Ces tueries étaient supervisées par des militaires venus de Gabiro et amenés par le Major Nkundiye Leonard, ancien commandant de la garde presidentielle de Habyarimana.

Les Tutsi de Kiziguro ont été massacrés dans la cour du logement du Curé, près des réservoirs d’eau, dans le jardin, au dispensaire, près de la statue de la vierge Marie et ailleurs derrière le mur de la clôture. Il y avait un petit bois. Ceux qui étaient tués étaient ensevelis dans des trous de 60 cm de profondeur, en dessous de l’école primaire. Ceux qui étaient tués étaient transportés par d’autres Tutsi qui eux aussi, arrivés à destination, se faisaient massacrer et tous les corps étaient jetés ensemble dans une fosse. Le médecin Rwamakuba Emmanuel, Sekamana et Fidèle Karangwa alias Gasongo tout comme d’autres venus de Kiyombe,sont souvent cités parmi ceux qui tuaient près de la fosse.

 

3. TUERIES À l’ADPR de Shagasha, CYANGUGU

 

L’ADPR de Shagasha était une église où de nombreux chrétiens allaient prier, parmi eux beaucoup de Tutsi, raison pour laquelle ceux-ci s’y sont réfugiés. Les Tutsi qui se sont réfugiés à l’ADPR étaient des femmes et des enfants, les hommes ayant craignant d’y être tués.

Environ 60 femmes et enfants Tutsi s’y sont réfugiés à partir du 11 avril 1994 quand les Tutsi ont commencé à être tués et leurs maisons incendiées. Même s’il s’agissait de femmes et d’enfants, les Interahamwe venaient sélectionner les enfants mâles pour aller les tuer. Pour qu’ils ne soient pas tués, ceux-ci étaient habillés de robes pour qu’on les prenne pour des filles.

Par ailleurs, les Tutsi de sexe masculin qui avaient été capturés dans les Secteurs Shagasha, Munyove et Rwahi étaient amenés à l’ADPR Shagasha pour y être massacrés, de nombreux Tutsi venant de ces Secteurs ont ainsi été tués à cette église.

 

4. MASSACRES A SAVE, EN COMMUNE GISUMA, CYANGUGU

 

Dans l’ancienne Commune Gisuma, en Secteur Ruharambuga, Cellule Gihinga, en la Prefecture Cyangugu, actuellement en District Nyamasheke, Secteur Ruharambuga, Cellule Save, ont été rassemblés le 11 avril 1994 près de 50 Tutsi dans la maison de Mukandagara Odette, lesquels ont tous été tués. Ils avaient préalablement été encerclés dans cette cellule avant d’être tous amenés dans cette maison et y être tués.

Dans l’ancien Secteur Nyamuhunga, Cellule Kimpundu ont également été tués plus de 1000 Tutsi qui avaient été rassemblés par des Interahamwe de cette localité. Les tutsi s’y étaient réfugiés à partir du 9 avril 1994 au soir, et après que leur nombre a été augmenté, ils ont tous été encerclés et tués le 11 avril 1994 en plein jour. Ils ont été tués par des Interahamwe qui sont venus des cellules proches de ce secteur, et par des policiers communaux. Les Interahamwe étaient dirigés par le Conseiller du secteur et Rujigo Francois. Les policiers communaux étaient arrivés préalablement auprès des réfugiés Tutsi, rassurant ceux-ci qu’ils venaient assurer leur protection alors que c’était pour les garder ensemble pour qu’ils ne fuient pas vers d’autres endroits.

5. MASSACRES À LA PAROISSE HANIKA, CYANGUGU

 

À la Paroisse de Hanika, actuellement en District Nyamasheke, en Secteur Macuba, près de 15,000 Tutsi qui s’y étaient réfugiés ont été tués dans les locaux qu’ils occupaient : les locaux des prêtres, le centre de santé et le centre nutritionnel, locaux qui appartenaient tous à la Paroisse de Hanika.

Parmi les Interahamwe qui les ont tués  figure Alphonse alias Rasta, fils de Pasteur qui était militaire. C’est lui qui a tué à la grenade les Tutsi Ngoboka Saveur et Gasheme, fils de Basabose, celui-ci était un employé de Gatera Fabien qui s’occupait des véhicules de celui-ci. Parmi les autres Interahamwe, il y a Hatunguramye Joseph, Hanyurwa Valens, Nkerabahizi Oscar, Michel Bahimaya, Mukono, commerçant à Kirambo, qui offrait de la bière aux Interahamwe pour qu’ils puissent aller tuer avec le moral haut. Ces Interahamwe figuraient parmi les dirigeants des Interahamwe et parmi les plus zélés d’entre eux qui ont participé aux massacres des Tutsi à la Paroisse Hanika.

Les Tutsi de la Commune Gatare ont commencé à se réfugier à la Paroisse Hanika le 8 et le 9 avril 1994, au moment où ils ont constaté que les Hutu avaient commencé à former des groupes et à dénoncer les Tutsi comme quoi ceux-ci auraient tué le Père de la Nation. Le 9 avril 1994, un jeune homme qui avait été tué à l’épée par l’un de ses voisins a été enterré le 10 avril 1994 dans la localité de Muramba-Gitwa ; les Tutsi qui ont assisté à l’enterrement ont été moqués par des Hutu qui leur disaient que désormais ils allaient enterrer les leurs à ne plus en finir.

Le 11 avril 1994, le Bourgmestre de l’ancienne Commune Gatare, Rugwizangoga Fabien, est arrivé sur les lieux vers 12h, il venait d’une réunion avec Emmanuel Bagambiki, le Préfet de Cyangugu. Quelques temps après, vers 15h, alors que le bourgmestre venait de quitter la localité, un groupe de tueurs attaqua les réfugiés Tutsi pour les massacrer.

Parmi les tueurs figurait une femme du nom de Marigarita, qui avait été Conseillère avant même le déclenchement de la guerre de libération en 1990, et qui  était réputée pour avoir fait emprisonner de nombreux Tutsi sous le fallacieux prétexte qu’ils seraient des complices des Inkotanyi.

 

6. À MIDIHO, KAYONZA, KIBUNGO

 

Au Secteur Mukarange, à l’endroit appelé Midiho, dans la Cellule Nyagatovu, le 11 avril 1994 ont été tués plus de 200 Tutsi qui s’étaient réfugiés à l’Eglise Anglicane de Nyagatovu, et à la tête des tueurs il y avait le commerçant Kanyengoga Thomas du centre commercial de Kayonza. Jusqu’aujourd’hui les corps des victimes de ce massacre n’ont jamais pu être trouvés pour être inhumés en toute dignité.

 

 

CONCLUSION

 

Le Génocide perpétré contre les Tutsi a été planifié et exécuté par l’Etat. Le fait que depuis le 7 avril 1994 au matin, les Tutsi ont été en même temps massacrés sur toute l’étendue du pays, à partir de Kigali, et ailleurs, démontre sans le moindre doute que le Génocide avait été planifié par l’Etat rwandais.

 

 

Fait à Kigali, le 11/4/2020

 

 

Dr BIZIMANA Jean Damascène

Secrétaire Exécutif

Commission Nationale de lutte contre le génocide, CNLG

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